Recouvrement amiable : étapes, durée et limites avant le judiciaire

Par David Fabry, CEOPublié le Mis à jour le
Tickets orange agrafés sur une pile de documents, à côté d'un stylo et d'une chemise bleue sur un bureau blanc
Photo : Karola G / Pexels

Le recouvrement amiable regroupe toutes les démarches qui permettent d'obtenir le paiement d'une créance sans décision de justice : relances, mise en demeure, accord de paiement, conciliation ou médiation. Aucune durée légale ne l'encadre, mais il ne permet ni de saisir les biens du débiteur ni d'arrêter le cours de la prescription. Il s'arrête quand le débiteur paie, quand un accord est signé, ou quand il devient clair qu'un titre exécutoire sera nécessaire.

Ce qu'il faut retenir

  • Le recouvrement amiable regroupe tout ce qui obtient le paiement sans décision de justice : relances, mise en demeure, accord, conciliation ou médiation.
  • Aucune durée légale ne l'encadre, mais une relance n'interrompt pas la prescription : seule une reconnaissance de dette par le débiteur le fait.
  • Un accord écrit issu d'une conciliation ou d'une médiation peut être homologué par le juge et devenir exécutoire, sans procès.
  • Les frais de la phase amiable restent à la charge du créancier, qu'il relance lui-même ou qu'il mandate une société de recouvrement.
  • Devant le tribunal judiciaire, une demande de 5 000 € au plus doit en principe être précédée d'une tentative de conciliation, de médiation ou de procédure participative.

Que recouvre exactement la phase amiable ?

Le recouvrement amiable de créances repose sur une seule force : la persuasion. Tant qu'il n'a pas de titre exécutoire, le créancier ne peut rien imposer. Il peut en revanche réclamer, rappeler les conséquences d'un retard, proposer une solution et faire constater un accord. Ces démarches se classent en trois familles :

DémarcheCe qu'elle produitQui la mène
Relances (email, téléphone, courrier, SMS)Un rappel, souvent suffisant en cas d'oubliLe créancier, ou un tiers mandaté
Mise en demeureLe point de départ des intérêts au taux légalLe créancier, un tiers ou un commissaire de justice
Accord écrit, conciliation, médiationUn engagement du débiteur, parfois exécutoireLes parties, avec ou sans tiers

La phase amiable vaut pour un débiteur entreprise comme pour un débiteur particulier. Ce qui change selon le cas, ce sont les sommes réclamables et le délai pour agir, détaillés plus bas.

Quelles sont les étapes d'un recouvrement amiable ?

L'ordre des étapes n'est pas fixé par la loi : service-public rappelle que la relance n'est pas un préalable obligatoire à la mise en demeure. En pratique, un recouvrement amiable bien mené suit cette progression :

  1. La relance amiable. Un rappel courtois, juste après l'échéance, suffit souvent en cas d'oubli ou de difficulté passagère. Le ton reste neutre, la facture est jointe. Les modèles et le rythme sont détaillés dans notre guide de la relance d'une facture impayée.
  2. La relance ferme. Elle rappelle la date d'échéance dépassée, le montant et, entre professionnels, les pénalités et l'indemnité forfaitaire de 40 € dues de plein droit (Code de commerce, article L441-10).
  3. La mise en demeure. Elle se fait par sommation ou par un acte portant interpellation suffisante, en pratique une lettre recommandée avec avis de réception (Code civil, article 1344). Pour une somme d'argent, elle fait courir l'intérêt au taux légal sans que le créancier ait à prouver un préjudice (article 1344-1). Son contenu fait l'objet d'un article dédié.
  4. La recherche d'un accord. Paiement échelonné, remise partielle contre paiement immédiat, ou recours à un tiers neutre : conciliateur ou médiateur.

Si le client conteste la facture, la relance perd son sens : service-public conseille alors de chercher d'abord une solution au litige avec lui. Insister sur une créance contestée retarde le moment où il faudra de toute façon en débattre devant un juge.

Conseil

💡 Prévenez le service commercial dès la première relance : bloquer les nouvelles commandes ou exiger un paiement comptant évite d'alourdir une créance déjà en retard.

Combien de temps peut durer le recouvrement amiable ?

Aucun texte ne fixe la durée de la phase amiable. Sa seule limite est la prescription, qui dépend du débiteur :

DébiteurDélai pour agirTexte
Entreprise (commerçant ou non)5 ansCode de commerce, article L110-4
Particulier, pour un bien ou un service fourni par un professionnel2 ansCode de la consommation, article L218-2

Ce délai continue de courir pendant les relances. Une relance, même par recommandé, ou une mise en demeure n'interrompt pas la prescription. Seule une reconnaissance de la dette par le débiteur l'interrompt et fait repartir un délai complet (Code civil, article 2240) : un échéancier signé, un courrier où il reconnaît devoir la somme, un paiement partiel. Le détail figure dans notre article sur la prescription des créances.

La conciliation et la médiation ont un effet différent : elles suspendent la prescription à compter du jour où les parties conviennent par écrit d'y recourir, ou à défaut de la première réunion. Le délai recommence à courir à la fin du processus, pour au moins six mois (Code civil, article 2238).

Important

⚠️ Contre un particulier, deux ans passent vite. Un recouvrement amiable qui s'étire au fil de relances espacées peut laisser le créancier forclos avant même d'avoir saisi un juge.

Faute de durée légale, fixez-vous un calendrier à l'avance : une date pour chaque relance, une date pour la mise en demeure, et une date à laquelle, sans paiement ni accord, le dossier passe au judiciaire.

Comment sécuriser un accord trouvé à l'amiable ?

Un accord oral se prouve mal. Pour qu'il protège le créancier, mettez-le par écrit et faites-le signer par le débiteur : montant total, échéances, conséquence d'un incident de paiement (exigibilité immédiate du solde).

Plusieurs formes sont possibles, avec des effets différents :

FormeEffetTexte
Échéancier de paiement signéReconnaissance de dette, qui interrompt la prescriptionCode civil, article 2240
TransactionContrat écrit qui met fin à la contestation par des concessions réciproquesCode civil, article 2044
Accord issu d'une conciliation, d'une médiation ou d'une procédure participativePeut être homologué par le juge et recevoir force exécutoireCode de procédure civile, articles 1541 et 1543

L'homologation est le point fort, souvent ignoré, de la voie amiable : un accord homologué permet, si le débiteur ne le respecte pas, de faire procéder à l'exécution forcée sans avoir à engager un procès sur le fond. Un accord trouvé directement entre les parties, sans conciliateur ni médiateur, ne peut être homologué que s'il constitue une transaction (article 1541-1).

Quels tiers peuvent intervenir dans la phase amiable ?

Le créancier peut tout mener seul. Il peut aussi faire appel à un tiers, payant ou gratuit, selon ce qu'il cherche :

  • Le conciliateur de justice : bénévole, gratuit, compétent sans limite de montant pour les litiges civils et commerciaux, y compris les dettes impayées, selon service-public. Il peut dresser un constat d'accord signé par les parties.
  • Le Médiateur des entreprises : service public gratuit et confidentiel, réservé aux litiges entre entreprises en relation d'affaires, en général au-delà de 1 500 €. Un médiateur contacte l'entreprise dans les 7 jours, et une médiation dure de quelques heures à 2 ou 3 mois, selon entreprendre.service-public.gouv.fr.
  • Une société de recouvrement amiable : elle agit en vertu d'une convention écrite qui précise les sommes dues, sa rémunération et le reversement des fonds (Code des procédures civiles d'exécution, article R124-3).
  • Un commissaire de justice : il peut mener un recouvrement amiable avant toute procédure ; une sommation délivrée par lui pèse davantage qu'une lettre, mais coûte plus cher.

Un service de recouvrement amiable mandaté adresse au débiteur une lettre aux mentions fixées par l'article R124-4 : identité du tiers et du créancier, fondement et détail de la somme due, modalités de paiement, et reproduction de la règle sur les frais. Toute relance suivante doit rappeler la référence et la date de cette première lettre.

Que ne peut-on pas faire pendant la phase amiable ?

La phase amiable a des limites, qui valent que l'on relance soi-même ou par l'intermédiaire d'une société de recouvrement amiable :

  • Facturer ses frais au débiteur. Les frais de recouvrement engagés sans titre exécutoire restent à la charge du créancier, et toute clause contraire est réputée non écrite (Code des procédures civiles d'exécution, article L111-8). Seul le juge de l'exécution peut en laisser une partie à un débiteur de mauvaise foi, si le créancier justifie que ces démarches étaient nécessaires.
  • Saisir quoi que ce soit. Saisie sur compte, sur salaire ou de biens supposent un titre exécutoire et un commissaire de justice.
  • Harceler. Service-public signale qu'une société de recouvrement peut être sanctionnée pour des interventions répétitives et malveillantes envers le débiteur.
Bon à savoir

⚖️ Entre professionnels, l'indemnité forfaitaire de 40 € par facture n'est pas un frais de recouvrement facturé au débiteur : elle est due de plein droit par la loi (Code de commerce, article L441-10). Elle ne s'applique pas à un débiteur particulier.

Quand faut-il passer au recouvrement judiciaire ?

Plusieurs signaux indiquent que la phase amiable a donné ce qu'elle pouvait :

  • la mise en demeure est restée sans réponse à l'expiration du délai qu'elle fixait ;
  • le débiteur promet sans jamais payer, ou ne respecte pas l'échéancier signé ;
  • le débiteur ne répond plus, ou son courrier revient ;
  • la prescription approche.

Devant le tribunal judiciaire, une demande en paiement de 5 000 € au plus doit en principe être précédée d'une tentative de conciliation, de médiation ou de procédure participative, sous peine d'irrecevabilité (Code de procédure civile, article 750-1). Le texte prévoit des dispenses, notamment quand la décision doit être rendue sans que le débiteur soit entendu, ou quand le premier rendez-vous de conciliation ne peut être fixé dans les trois mois.

Pour une facture non contestée, la voie habituelle est l'injonction de payer : une requête déposée sans avocat, une ordonnance rendue sans audience, puis une exécution forcée si le débiteur ne fait pas opposition. Le parcours complet, de l'amiable à l'exécution, est présenté dans notre guide du recouvrement de créances.

Questions fréquentes

Le recouvrement amiable est-il obligatoire avant d'aller en justice ?+

Les relances et la mise en demeure ne sont pas un préalable obligatoire. En revanche, devant le tribunal judiciaire, une demande en paiement de 5 000 € au plus doit en principe être précédée d'une tentative de conciliation, de médiation ou de procédure participative, sous peine d'irrecevabilité (Code de procédure civile, article 750-1).

Combien de temps dure un recouvrement amiable ?+

La loi ne fixe aucune durée. La seule limite est la prescription : cinq ans entre professionnels, deux ans pour l'action d'un professionnel contre un consommateur. Les relances ne l'interrompent pas, d'où l'intérêt d'un calendrier court et défini à l'avance.

Une société de recouvrement amiable peut-elle facturer ses frais au débiteur ?+

Non. Les frais de recouvrement engagés sans titre exécutoire restent à la charge du créancier, et toute clause contraire est réputée non écrite (Code des procédures civiles d'exécution, article L111-8). La lettre envoyée au débiteur doit d'ailleurs reproduire cette règle.

Un accord amiable avec le débiteur a-t-il une valeur juridique ?+

Oui. Écrit et signé, il vaut contrat ; s'il comporte des concessions réciproques, c'est une transaction. Issu d'une conciliation, d'une médiation ou d'une procédure participative, il peut être homologué par le juge, ce qui lui donne force exécutoire.

Que faire quand le recouvrement amiable échoue ?+

Il faut obtenir un titre exécutoire en justice, le plus souvent par une requête en injonction de payer, qui se dépose sans avocat. Seul un commissaire de justice muni de ce titre peut ensuite saisir les biens ou les comptes du débiteur.

À lire aussi

Sources

  1. Recouvrement amiable : relance et mise en demeure de payer — entreprendre.service-public.gouv.fr (vérifiée le 27/11/2024) — consulté le 12/10/2026
  2. Code civil, articles 1344, 1344-1, 2044, 2062, 2238 et 2240 (édition consolidée du 29/07/2026, codes.droit.org) — consulté le 12/10/2026
  3. Code de procédure civile, articles 750-1, 1530, 1541, 1541-1 et 1543 (édition consolidée du 01/10/2026, codes.droit.org) — consulté le 12/10/2026
  4. Code des procédures civiles d'exécution, articles L111-8, R124-3 et R124-4 (édition consolidée du 19/08/2026, codes.droit.org) — consulté le 12/10/2026
  5. Code de commerce, article L441-10 — consulté le 12/10/2026
  6. Code de commerce, article L110-4 — consulté le 12/10/2026
  7. Code de la consommation, article L218-2 — consulté le 12/10/2026
  8. Conciliateur de justice — service-public.gouv.fr (vérifiée le 01/09/2025) — consulté le 12/10/2026
  9. Prévenir et régler un litige commercial grâce au Médiateur des entreprises — entreprendre.service-public.gouv.fr (vérifiée le 27/11/2024) — consulté le 12/10/2026
  10. Se faire rembourser une somme avec l'aide d'une société de recouvrement — service-public.gouv.fr (vérifiée le 21/08/2025) — consulté le 12/10/2026

Ces informations sont fournies à titre général et ne constituent pas un conseil juridique. Vérifié le 12/10/2026.