Facture impayée : que faire, étape par étape

Par David Fabry, CEOPublié le Mis à jour le
Loupe posée sur une liasse de billets de 50 euros et sur le clavier d'une calculatrice
Photo : Pixabay / Pexels

Face à une facture impayée, que faire ? Procédez dans cet ordre : vérifiez la facture et la situation du client, relancez-le dès le lendemain de l'échéance, chiffrez ce qui vous est dû, adressez une mise en demeure, cherchez un accord écrit, puis, si rien ne bouge, obtenez un titre exécutoire et confiez son exécution à un commissaire de justice. Chaque étape doit tenir dans un calendrier court : les relances n'arrêtent pas la prescription, qui est de cinq ans entre professionnels et de deux ans face à un consommateur.

Ce qu'il faut retenir

  • Face à une facture impayée, l'ordre utile est : vérifier, relancer, chiffrer les sommes dues, mettre en demeure, chercher un accord écrit, puis obtenir un titre exécutoire.
  • Avant de relancer, vérifiez que la facture porte sa date de règlement et que le client ne fait pas l'objet d'une procédure collective.
  • Une relance n'arrête pas la prescription : 5 ans entre professionnels, 2 ans pour un professionnel face à un consommateur.
  • Si le client est en redressement ou en liquidation judiciaire, les poursuites s'arrêtent et la créance se déclare dans les 2 mois qui suivent la publication du jugement au BODACC.
  • Seul un titre exécutoire, obtenu par exemple par une injonction de payer, permet de faire saisir les comptes ou les biens du client par un commissaire de justice.

Que vérifier avant de relancer le client ?

Quelques minutes de vérification évitent une relance inutile ou maladroite :

  • La facture elle-même. Entre professionnels, elle doit mentionner la date à laquelle le règlement doit intervenir, les conditions d'escompte, le taux des pénalités de retard et l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement (Code de commerce, article L441-9). Une erreur de montant, d'adresse ou de bon de commande est souvent la vraie raison du retard.
  • La preuve de la livraison ou de la prestation. Bon de livraison signé, procès-verbal de réception, échanges de mails : ce sont les pièces que vous produirez si le dossier va plus loin.
  • Le bon interlocuteur. Un service comptable, un donneur d'ordre et un dirigeant ne répondent pas à la même relance.
  • La situation du client. Un client entreprise en redressement ou en liquidation judiciaire ne se relance plus : il se traite par une déclaration de créance (voir plus bas). Les jugements d'ouverture sont publiés au Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales (BODACC).

Quelles sont les étapes, de la relance au titre exécutoire ?

Le tableau suivant donne l'enchaînement habituel. Les délais indiqués sont des repères de bonne pratique, pas des obligations légales : la loi n'impose ni le nombre de relances, ni leur rythme.

ÉtapeRepèreObjectifPour aller plus loin
1. Relance amiableDès le lendemain de l'échéanceÉcarter l'oubli, obtenir une date de paiementRelancer une facture impayée
2. Relance fermeUne à deux semaines plus tardRappeler les pénalités et l'indemnité duesCourrier de relance
3. Mise en demeureAprès l'échec des relancesInterpeller formellement, faire courir les intérêtsMise en demeure de payer
4. Accord écritÀ tout momentObtenir un échéancier daté et signéÉchéancier de paiement
5. Titre exécutoireAprès l'expiration de la mise en demeureObtenir une décision qui s'impose au clientInjonction de payer
6. Exécution forcéeAprès signification du titreSaisie sur compte, sur salaire ou de biensCommissaire de justice
Conseil

💡 Fixez ce calendrier une fois pour toutes et appliquez-le à chaque facture échue, quel que soit son montant. Un client qui sait que chaque retard déclenche la même séquence prend vite l'habitude de payer à l'échéance.

La mise en demeure est l'étape charnière. Elle se fait par une sommation ou par un acte portant interpellation suffisante (Code civil, article 1344), en pratique une lettre recommandée avec avis de réception. Pour une somme d'argent, elle fait courir les intérêts au taux légal (article 1231-6). Toutes les relances qui précèdent restent facultatives : service-public rappelle que la relance n'est pas un préalable obligatoire à la mise en demeure.

Combien pouvez-vous réclamer en plus de la facture ?

Le montant réclamable dépend du type de client :

Client professionnelClient particulier
PrincipalOuiOui
Pénalités de retardOui, dès le lendemain de l'échéance, au taux prévu par vos conditions de vente (Code de commerce, article L441-10)Non, sauf clause du contrat
Indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement40 € par facture (article D441-5)Non applicable
Intérêts au taux légalVoir la ligne des pénalités de retardÀ compter de la mise en demeure (Code civil, article 1231-6)
Frais de relance ou de société de recouvrementNon, ils restent à votre charge (Code des procédures civiles d'exécution, article L111-8)Non, pour la même raison

Le calcul détaillé des pénalités et de l'indemnité fait l'objet d'un article dédié.

Pouvez-vous suspendre vos livraisons ou vos prestations ?

Oui, sous conditions. Le Code civil permet à une partie de refuser d'exécuter son obligation, même exigible, si l'autre n'exécute pas la sienne et si cette inexécution est suffisamment grave (article 1219). Il permet aussi de suspendre son exécution dès qu'il est manifeste que le cocontractant ne s'exécutera pas à l'échéance, à condition de le lui notifier dans les meilleurs délais (article 1220).

En pratique, suspendre les commandes d'un client dont plusieurs factures restent impayées est un levier efficace et licite. Une suspension disproportionnée, par exemple pour un retard minime ou contesté de bonne foi, peut au contraire vous être reprochée. Annoncez-la par écrit, avec sa cause et la condition de reprise : le paiement.

Que faire si le client conteste la facture ?

Une contestation change la nature du dossier : il ne s'agit plus de relancer, mais de trancher un désaccord. Demandez au client de préciser par écrit ce qu'il conteste (montant, qualité, délai, quantité) et répondez point par point, pièces à l'appui. Si une partie seulement de la facture est contestée, réclamez le paiement de la partie non contestée.

Si le désaccord persiste, la voie amiable (conciliation, médiation) ou judiciaire s'impose. Devant le tribunal judiciaire, une demande en paiement de 5 000 € au plus doit en principe être précédée d'une tentative de conciliation, de médiation ou de procédure participative (Code de procédure civile, article 750-1). Le détail de la phase amiable est traité dans notre article sur le recouvrement amiable.

Quelle procédure d'impayés choisir si le client ne paie toujours pas ?

Pour faire saisir quoi que ce soit, il faut un titre exécutoire. Le choix de la procédure dépend du montant, du type de client et de l'existence d'une contestation :

SituationProcédureCe qu'il faut savoir
Créance contractuelle d'un montant déterminé, non contestéeInjonction de payer (Code de procédure civile, article 1405)Requête sans avocat, sans plafond ; le client peut former opposition dans le mois qui suit la signification (article 1416)
Créance contractuelle de 5 000 € au plus, hors facture entre commerçantsProcédure simplifiée de recouvrement des petites créances (Code des procédures civiles d'exécution, articles L125-1 et R125-1)Menée par un commissaire de justice ; suppose l'accord du client ; exclue pour les factures entre commerçants
Facture entre commerçants, non contestéeProcédure des créances commerciales incontestées (articles L126-1 à L126-6)Créée par la loi du 23 avril 2026 ; voir l'encadré ci-dessous
Créance contestée sur le fondAssignation devant le tribunal compétentDébat contradictoire ; avocat parfois obligatoire selon le tribunal et le montant
Bon à savoir

⚖️ La procédure des créances commerciales incontestées repose sur un commandement de payer signifié par un commissaire de justice, puis sur un procès-verbal de non-contestation rendu exécutoire par le greffe. Sa mise en œuvre dépend d'un décret en Conseil d'État (article L126-6) : vérifiez auprès d'un commissaire de justice qu'elle est applicable avant de la retenir.

Dans la plupart des dossiers, l'injonction de payer reste la voie la plus directe. Son déroulé, ses coûts et ses délais sont détaillés dans notre guide de l'injonction de payer. Une fois le titre obtenu et signifié, le commissaire de justice peut procéder aux saisies ; les frais de l'exécution forcée sont alors en principe à la charge du débiteur (Code des procédures civiles d'exécution, article L111-8).

Que faire si le client est en redressement ou en liquidation judiciaire ?

Le jugement d'ouverture d'une procédure collective interrompt ou interdit les actions en paiement et arrête les procédures d'exécution engagées contre le client (Code de commerce, article L622-21). Relances, mise en demeure et injonction de payer n'ont donc plus d'effet utile pour une facture antérieure au jugement.

Il faut alors déclarer la créance au mandataire judiciaire (article L622-24), dans un délai de deux mois à compter de la publication du jugement d'ouverture au BODACC (article R622-24). Ce délai est augmenté de deux mois pour un créancier établi hors de la France métropolitaine, lorsque la procédure est ouverte en métropole. Passé ce délai, le créancier n'est pas admis aux répartitions, sauf si le juge-commissaire le relève de la forclusion (article L622-26).

Quels délais ne faut-il pas laisser passer ?

DélaiDuréePoint de départTexte
Prescription entre professionnels5 ansEn principe, l'achèvement de la livraison ou de la prestation, pas la date de la factureCode de commerce, article L110-4 ; Code civil, article 2224
Prescription d'un professionnel envers un consommateur2 ansEn principe, l'achèvement de la livraison ou de la prestationCode de la consommation, article L218-2
Déclaration de créance en procédure collective2 moisPublication du jugement au BODACCCode de commerce, article R622-24
Opposition du client à une injonction de payer1 moisSignification de l'ordonnanceCode de procédure civile, article 1416
Important

⚠️ Une relance, même par lettre recommandée, n'interrompt pas la prescription. Seules une reconnaissance de dette par le client (Code civil, article 2240), une demande en justice ou une mesure d'exécution la font repartir de zéro. Un dossier laissé en relances pendant des mois peut se retrouver prescrit.

Les règles de calcul et les causes d'interruption sont détaillées dans notre article sur la prescription des créances.

Impayés clients : comment éviter que la situation se répète ?

Une facture impayée signale souvent une faiblesse dans le processus : conditions de paiement imprécises, facture envoyée tard, aucune relance programmée, client accepté sans vérification. Les leviers les plus simples sont connus : facturer dès la livraison, rappeler l'échéance avant qu'elle tombe, relancer systématiquement dès le premier jour de retard, demander un acompte aux nouveaux clients. Ils sont détaillés dans notre guide pour prévenir les impayés.

Questions fréquentes

Que faire en premier quand une facture n'est pas payée ?+

Vérifier la facture (date de règlement, montant, destinataire) et la situation du client, puis le relancer dès le lendemain de l'échéance. Un simple oubli se règle souvent à ce stade, par un email ou un appel.

Combien de temps a-t-on pour réclamer une facture impayée ?+

Cinq ans entre professionnels (Code de commerce, article L110-4) et deux ans pour un professionnel qui réclame le prix d'un bien ou d'un service à un consommateur (Code de la consommation, article L218-2). Les relances n'interrompent pas ce délai ; une reconnaissance de dette par le client, ou une action en justice, l'interrompt.

Peut-on arrêter de livrer un client qui ne paie pas ?+

Oui, si le défaut de paiement est suffisamment grave : le Code civil permet de refuser ou de suspendre l'exécution de sa propre obligation (articles 1219 et 1220). La suspension préventive doit être notifiée au client dans les meilleurs délais.

Faut-il un avocat pour récupérer une facture impayée ?+

Pas pour les démarches amiables, ni pour déposer une requête en injonction de payer. L'avocat peut redevenir nécessaire si le client forme opposition et que l'affaire est jugée devant une juridiction où la représentation est obligatoire.

Que faire si le client est en liquidation judiciaire ?+

Cesser les relances et les procédures individuelles, interdites par le jugement d'ouverture, et déclarer la créance au mandataire judiciaire dans les deux mois qui suivent la publication du jugement au BODACC (Code de commerce, articles L622-21, L622-24 et R622-24).

À lire aussi

Sources

  1. Code de commerce, article L441-9 — consulté le 19/10/2026
  2. Code de commerce, article L441-10 — consulté le 19/10/2026
  3. Code de commerce, article D441-5 — consulté le 19/10/2026
  4. Code de commerce, article L110-4 — consulté le 19/10/2026
  5. Code de commerce, articles L622-21, L622-24, L622-26 et R622-24 (édition consolidée du 01/10/2026, codes.droit.org) — consulté le 19/10/2026
  6. Code civil, articles 1219, 1220, 1231-6, 1344, 2224 et 2240 (édition consolidée du 18/10/2026, codes.droit.org) — consulté le 19/10/2026
  7. Code de la consommation, article L218-2 — consulté le 19/10/2026
  8. Code de procédure civile, articles 750-1, 1405 et 1416 (édition consolidée du 01/10/2026, codes.droit.org) — consulté le 19/10/2026
  9. Code des procédures civiles d'exécution, articles L111-8, L125-1, R125-1 et L126-1 à L126-6 (édition consolidée du 09/10/2026, codes.droit.org) — consulté le 19/10/2026
  10. Recouvrement amiable : relance et mise en demeure de payer — entreprendre.service-public.gouv.fr — consulté le 19/10/2026
  11. Recouvrement judiciaire : injonction de payer en France et en Europe — entreprendre.service-public.gouv.fr — consulté le 19/10/2026
  12. Procédure simplifiée de recouvrement des créances commerciales incontestées — Bpifrance Création (mai 2026) — consulté le 19/10/2026